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Connaissances des voyageurs

Université Paris XII – Val de Marne
Faculté de médecine de Créteil

ANNEE : 2003

THESE POUR LE DIPLOME D’ETAT DE DOCTEUR EN MEDECINE

Discipline : Médecine générale

Présentée et soutenue publiquement le à Créteil (Paris XII)

Par Frédérique DOS SANTOS

Née le 30 Avril 1971 à Meudon (Hauts de Seine)

LES CONNAISSANCES DES VOYAGEURS SUR LES MODES DE TRANSMISSION DES PRINCIPALES MALADIES TROPICALES.

ETUDE MULTICENTRIQUE PROSPECTIVE.

DIRECTEUR DE THESE :

M., le docteur Alain FISCH

REMERCIEMENTS :

- Monsieur le Docteur Alain FISCH, Directeur du Centre des Vaccinations Internationales et de conseils aux voyageurs du Centre Hospitalier de Villeneuve Saint Georges, qui a dirigé ce travail ; nous le remercions tout particulièrement pour sa patience et sa disponibilité.

- Au Président du jury ainsi que tous ces membres, qui nous ont fait l’honneur d’être présents.

- Monsieur le Docteur Jacques BREUIL, à l’origine de cette recherche dans le cadre de l’Institut des Etudes Epidémiologiques et Prophylactiques.

- Monsieur Michel THOMAS, ingénieur informaticien au Centre Hospitalier de Villeneuve Saint Georges, chargé du service d’information médicale (SIM).

- Madame Dominique MUTTI, secrétaire médicale, chargée de la bibliothèque au Centre Hospitalier deVilleneuve Saint Georges.

- Les pharmaciens et les agents de voyages pour leur amabilité et l’intérêt qu’ils ont tous manifesté pour notre thèse.

- Les médecins des CVI : deVilleneuve Saint Georges (Docteur Alain FISCH), de l’Institut Pasteur (Docteur Catherine GOUJON), d’Orly (Docteur Michel CLEREL), de Roissy (Docteur Philippe BARGAIN), de Toulouse Purpan (Professeur Bruno MARCHOU).

- Toux ceux qui m’ont aidé, encouragé de près ou de loin tout au long de ce travail.

- Mes parents, qui m’ont permis de mener mes études de médecine et qui m’ont sans cesse encouragée.

- Mon mari, ayant participé activement à ce travail, en particulier, pour la saisie informatique, son soutien et sa grande patience à mon égard.

- Mes enfants, mes frères, ma famille, mes amis, qu’ils trouvent tous dans ce travail un faible témoignage de mon affection. 

PLAN

INTRODUCTION

4

ETATS DES CONNAISSANCES

6

NOTRE ETUDE

10

BUT DE L’ETUDE

10

MATERIELS, SUJETS ET METHODES

10

Conditions générales de l’étude

10

Sujets

12

Durée de l’étude

12

Méthodologie statistique

13

Renseignements recueillis

13

RESULTATS DE L’ETUDE

15

Description de la population étudiée

15

Les voyageurs

17

3.3.3 Les agents de voyages

30

3.3.4 Les pharmaciens

42

3.4 DISCUSSION

53

3.4.1 Les voyageurs

53

3.4.2 Les agents de voyages

56

Les pharmaciens

56

CONCLUSION

59

ANNEXE

60

6. REFERENCES

61

 
1. INTRODUCTION

 On estime que sont effectués chaque année, à partir de France, 3 à 4 millions de voyages tropicaux et « subtropicaux ». Un nombre mal connu de voyageurs reviennent avec une (ou plusieurs) maladies dites tropicales ; un nombre non connu d’entre eux développent une telle maladie pendant leur séjour.
Depuis plus de dix ans, d’importants efforts de formation et d’information ont été faits par les médecins impliqués dans la prise en charge de ces voyageurs, en particulier en France sous l’égide de la Société de Médecine des Voyages. Tous les pays industrialisés, qui ont vu le nombre des voyageurs exploser, ont fait de même. Ces efforts ont porté :
- sur les candidats au voyage, via les médias écrits et audio-visuels, de plus en plus nombreux ;
- sur les interlocuteurs naturels et quasi incontournables de ces voyageurs, à savoir les agents de voyage et les pharmaciens.
Ces actions ont été faites sans aucun outil de mesure, partant du principe, incontestable, que l’information et la formation étaient insuffisantes.
Nous avons décidé de fournir un outil, certes fragmentaire, mais facile à mettre en œuvre et reproductible, sous l’égide de l’Institut des Etudes Epidémiologiques et Prophylactiques et en collaboration avec des centres de la Société de Médecine des Voyages. A savoir la mesure prospective des connaissances des candidats aux voyages des modes de transmission des principales maladies tropicales. Nous avons mesuré les mêmes connaissances pour les deux interlocuteurs privilégiés des voyageurs que sont les agents de voyages d’une part, les pharmaciens d’officine d’autre part.

2. ETATS DES CONNAISSANCES

La multiplication exponentielle des voyages internationnaux au cours du dernier demi-siècle a abouti à la mise en place, dans les années 90, de la médecine des voyages. Son objectif est la protection de la santé des voyageurs, et par voie de conséquence la réduction des risques de pathologie d’importation par la mise en œuvre effective de diverses mesures préventives et curatives efficaces.
Dans ce domaine, un important effort d’information de tous les acteurs du voyage et des médias est sans cesse réalisé ; doit être améliorée et actualisée la formation médicale continue du corps médical concerné. L’information du voyageur est primordiale. Cela implique certes les médecins, mais aussi les pharmaciens. Les agents de voyages et les voyagistes devraient être eux aussi plus impliqués.
Qui dit santé du voyageur, dit connaissance et attitude du voyageur : c’est un point essentiel pour prévenir ces maladies. Une des premières lignes d’action est de connaître le mode de transmission de ces maladies.
Les moyens de communication de l’information aux voyageurs sont diverses et variées :

- la consultation chez le spécialiste est théoriquement le choix idéal, mais après que le médecin traitant ou du travail estime être arrivé au bout de ses compétences.
- certains ouvrages régulièrement réactualisés (1, 2, 6, 18) pour la plupart, sont une base de référence solide, fiable et facilement accessible à un large public.
- de nombreuses publications périodiques (17, 26, 30) sont une source de données destinées aux professionnels de santé ou non (18, 19, 27, 28) ; elles rendent compte de multiples informations sur la médecine des voyages et la santé des voyageurs.
- les sites internet, à disposition des professionnels de la médecine des voyages (5, 9, 14, 15, 21, 22, 23) et des voyageurs (4, 7, 9, 22, 23) n’ont fait qu’enrichir ses ressources de données et devraient contribuer au dévellopement de la communication de l’information.
Mais l’état des connaissances actuelles du voyageur n’est pas quantifié. Un nombre significatif de voyageurs européens ne s’informe pas avant d’effectuer un voyage en zone tropicale et manque d’une éducation appropriée en ce qui concerne les risques encourus de leur séjour (29). Le voyageur doit se responsabiliser face à sa santé, et en ce domaine plus qu’ailleurs car, en voyage, il sera souvent seul, sans recours.
Très peu d’études ont fait état des connaissances du voyageur et en particulier sur le mode de transmission des principales maladies tropicales :
- à Brest, une enquête au centre de vaccination antiamarile (16), qui avait pour objectif la connaissance du paludisme chez les voyageurs français, a montré que sur 641 personnes interrogées : 77.8% donnaient le moustique comme vecteur de la maladie, mais les mouches intervenaient à 6.4%, l’eau à 8.4%, les autres ne sachant pas.
- une autre étude sur les risques liés à l’hépatite B (31), 9008 voyageurs européens (9 pays concernés) ont été interrogés entre autre sur la définition de l’hépatite B : 54.3 % fournirent une définition acceptable, 29.3% confondirent avec l’hépatite A, et 18.8 % restèrent sans réponse.
Les auteurs concluent que des efforts d’information et d’éducation des voyageurs devraient être entrepris en urgence à l’échelon européen.
- une étude en Suisse (24) sur 100 336 voyageurs de retour d’Afrique de l’Est a montré la catastrophique inobservance de mesures personnelles de protection contre les piqûres d’anophèles : seulement 2 % des touristes avaient régulièrement mis en pratique l’ensemble de ces mesures.
On s’est intéressé au rôle prépondérant des agents de voyages en tant que conseillers aux voyageurs (3, 11, 13). Ils sont dans une large mesure responsables de la protection sanitaire des voyageurs.
La qualité, la quantité et la place des recommandations lors d’entretiens sont le principal thème (8, 10, 25). Mais à aucun moment leurs propres connaissances des maladies tropicales ne sont évoquées.
Pourtant le contact entre voyagiste et voyageur offre une opportunité pour promouvoir des conseils préventifs ou tout au moins une sensibilisation (11). Un des objectifs serait d’informer et de documenter les agences de voyages (20).
Les pharmaciens ont également leur rôle à jouer. Ils tiennent une place importante dans la médecine des voyages. Non seulement ils délivrent les médicaments, et autres produits nécessaires, mais aussi, ils sont souvent consultés avant le départ et au retour : d’où l’intérêt de connaître l’état de leurs connaissances.
Une étude en Suisse (12) sur 136 pharmaciens a montré qu’en majorité leur savoir était satisfaisant mais l’évaluation de leurs connaissances était basée sur des conseils préventifs pour le traitement de la diarrhée, pour la prophylaxie anti-palustre, et des recommandations sur les vaccinations. Il n’ a pas été retrouvé d’études évaluant leur savoir sur les maladies d’importation.
La littérature médicale n’offre aucune étude à notre connaissance (ou tout du moins seulement fragmentaire) permettant de quantifier un thème de connaissance fondamental pour la prévention des maladies du voyageur : le mode de transmission : ce qui fait l’objet de notre étude, qui est simple, rapide et donc apte à être reproduite pour assurer une surveillance de l’état des connaissances. De plus, elle est extensible immédiatement aux autres pays européens francophones, et à tous les autres après une simple traduction de la fiche d’enquête.

3. NOTRE ETUDE

3.1 BUT DE L’ETUDE

Les recueils et les sources d’information sur les mesures préventives efficaces lorsque l’on voyage en zone tropicale ont suscité beaucoup d’études, ainsi que l’attitude du voyageur face aux risques encourus de sa santé lors de leur séjour.
Notre étude avait pour but d’obtenir l’état des connaissances du voyageur, à un moment donné, sur les modes de transmission des principales maladies tropicales et de les comparer selon la même méthode avec les connaissances de personnes susceptibles d’apporter aux voyageurs une information, notamment : les pharmaciens et les professionnels des agences de voyages.
La perspective est d’améliorer l’information des voyageurs et d’élaborer des outils pédagogiques recevables, utiles et entendus.

3.2 MATERIELS, SUJETS ET METHODES

3.2.1 Conditions générales de l’étude

Quantifier un thème de connaissance fondamental pour la prévention des maladies tropicales du voyageur devrait être une nécessité pour la médecine des voyages.
Il a été décidé de mener cette étude auprès :
- de voyageurs consultants dans cinq des centres de vaccinations internationales et de conseils aux voyageurs (Centre Hospitalier Intercommunal de Villeneuve Saint Georges, Hôpital de l’Institut Pasteur, Centre Hospitalier Purpan de Toulouse, et les aéroports d’Orly et de Roissy Charles de Gaulle).
- de pharmaciens.
- d’agents de voyages.

Au sein des centres de vaccinations internationales, on proposait aux consultants de remplir le questionnaire préalablement à la consultation.

Par ailleurs, nous nous sommes présentés dans diverses officines et agences de voyage en expliquant préalablement l’objectif de cette enquête. 

Cette étude a été élaborée par l’Institut des Etudes Epidémiologiques et Prophylactiques (IDEEP), Centre Hospitalier Intercommunal de Villeneuve Saint Georges. 

3.2.2 Sujets 

Chaque adulte âgé de plus de 18 ans a été invité à répondre, de manière anonyme, au questionnaire.

Afin de maintenir la plus grande objectivité, il était demandé de répondre seul.

Pour ne pas perturber le travail en officines et en agences de voyages, des rendez-vous ont été convenus à plusieurs reprises pour permettre au personnel de répondre en toute tranquillité.

Aucune limite de temps n’était donnée pour remplir le questionnaire mais l’on insistait tout de même sur la spontanéité des réponses.

La population étudiée n’a fait l’objet d’aucune sélection en dehors de son bon vouloir à participer.

3.2.3 Durée de l’étude

L’étude, de type prospectif, multicentrique, a eu lieu sur une période de 4 mois (1er janvier 2003 au 1er mai 2003).

3.2.4 Méthodologie statistique

Le questionnaire a été saisi avec le logiciel Microsoft ® ACCESS 97.
L’analyse des données s’est effectuée avec le logiciel EPI-INFO 6.04 cfr, pour le calcul des fréquences, des sélections, et le khi 2.

3.2.5 Renseignements recueillis 

Aucun élément du questionnaire ne permettait de retrouver l’identité du sujet interrogé, respectant ainsi de façon scrupuleuse l’anonymat.

Cette enquête comportait les éléments définis ci-dessous :

- des questions préliminaires :
- sexe
- âge (>18 ans)


afin de connaître la répartition de la population étudiée.

- des questions se présentant sous la forme d’un seul tableau ayant en abscisse les modes de transmission, en ordonnée les maladies et les syndromes.

Les maladies et les syndromes cités étaient :

- hépatite A
- hépatite B
- typhoide
- méningite
- paludisme
- amibes
- bilharziose
- dengue
- SIDA
- tourista


Les modes de transmission cités étaient :

- mouches
- moustiques
- alimentation/ boissons
- contacts eaux stagnantes, boues
- rapports sexuels
- contacts humains de la vie courante
- ne sait pas


Une dernière ligne était mentionnée pour tout commentaire libre éventuel à indiquer au verso du questionnaire (annexe 1).

3.3 RESULTATS DE L’ETUDE

3.3.1 Description de la population étudiée

Cette enquête a permis d’obtenir 640 questionnaires. Initialement nous en comptions 651, mais 11 d’entre eux ont été éliminés car inexploitables (absence de toute réponse).

Principalement, les questionnaires ont été remplis par les voyageurs consultant dans les centres de vaccinations internationales (CVI)

(67.57%, n=500), les agents de voyages (10.95%, n=81), et enfin les pharmaciens (7.97%, n=59).

La moyenne d’âge de la population étudiée était de : 38.04 +/-
12.77 ans, (figure 1).

Les femmes étaient au nombre de 325 pour 315 hommes soit un sex ratio de 1.03.


Figure 1

3.3.2 Les voyageurs

3.3.2.1 Description de la population

La population des voyageurs représentait un effectif de 500 personnes réparti dans cinq centres de vaccinations internationales.

Les voyageurs présentaient les caractéristiques suivantes :

- en majorité composé d’hommes (n=260), les femmes représentant 48% (n=240), soit un
sex ratio de 1.08.
- la
moyenne d’âge était de 38,7 ans +/- 13.5 ans, (figure 2).

3.3.2.2 Résultats obtenus pour chaque maladie ou syndrome

-a- Hépatite A

Les critères retenus de réponse correcte étaient :
- avoir coché obligatoirement « alimentation/ boissons ».
- si « contacts humains de la vie courante » coché en plus, considéré comme bon.

Parmi les 500 voyageurs, 141 d’entre eux soit 28.2% ont répondu correctement à la question.
Pour
28.8% (n=144) le mode de transmission était méconnu, 18.8% (n=94) pensaient que les rapports sexuels étaient contaminants, (figure 3).


Figure 2

Figure 3

 -b- Hépatite B

Le critère retenu de réponse correcte était :
- « rapports sexuels ».

Parmi les 500 voyageurs, 169 d’entre eux soit
33.8% ont répondu correctement à la question.

24.8% (n=124) avouaient ne pas savoir et pour 25.2% (n=126) les contacts des eaux stagnantes et des boues étaient un risque de contamination, (figure 4).

-c- Typhoide

Les critères retenus de réponse correcte étaient :
- avoir coché obligatoirement « alimentation/ boissons ».
- si « contacts humains de la vie courante » coché en plus, considéré comme réponse correcte.

Parmi les 500 voyageurs, 62 d’entre eux soit
12.4% connaissaient le mode de transmission.
45.6% ne savaient pas, les contacts des eaux stagnantes et des boues pour 29.8%, (figure 5).


Figure 4

Figure 5

 -d- Méningite

Le critère retenu de réponse correcte était : -« contacts humains de la vie courante ».
Parmi les 500 voyageurs, 282 d’entre eux soit
56.4% étaient bien informés du mode de transmission .
37.2% des voyageurs reconnaissaient ne pas savoir, les autres fournissant des réponses variées. Tous ces résultats sont résumés dans la figure 6.

-
e- Paludisme

Le critère de réponse correcte était : -« moustiques ».
Parmi les 500 voyageurs, 406 d’entre eux soit
81.2% ont répondu le moustique.
Les mouches intervenaient pour
7.8% (n=39). Les différents résultats sont regroupés dans la figure 7.

-f- Amibes

Les critères retenus de réponse correcte étaient :