A Uige, les équipes de surveillance mobiles ont repris leurs opérations le 9 avril 2005, après des campagnes soutenues d’information pour améliorer la compréhension de la maladie par le grand public. Ces campagnes ont reçu le soutien du gouverneur de la province et de responsables du Ministère de la Santé qui se sont rendus en personne dans les communautés touchées. Les autorités religieuses apportent aussi leur concours à cette sensibilisation du public.
On peut déjà observer des progrès. Les habitants donnent davantage l’alerte sur les cas et les décès suspects. Les équipes à Uige suivent plus de 360 contacts, mais il faudra encore progresser pour détecter les cas plus tôt, les isoler, leur fournir un traitement symptomatique, trouver et prendre en charge les contacts.
L’OMS s’inquiète du fait que des décès continuent de se produire dans les communautés. Le risque de transmission augmente en effet beaucoup quand les patients sont soignés par des membres de leur famille ne disposant pas d’un équipement de protection individuel convenable. Le personnel du grand hôpital provincial d’Uige doit également être formé et recevoir du matériel adéquat pour se protéger et mettre les patients à l’abri des risques allant de pair avec les actes chirurgicaux et le travail du laboratoire effectués quotidiennement.
Médecins Sans Frontières a installé dans cet établissement un service pour isoler et soigner les patients atteints de fièvre hémorragique de Marburg. Le risque qu’une personne infectée par ce virus puisse être hospitalisée sur la présomption d’une autre maladie et qu’elle fasse alors des analyses et soit traitée sans prendre suffisamment de précautions est source d’inquiétude.
L’expérience qu’a l’OMS des fièvres hémorragiques virales, notamment avec le virus Ebola, étroitement apparenté, souligne l’importance de supprimer rapidement toute possibilité d’amplification de la transmission dans le cadre des services de soins.
Bien que provoquées par deux virus différents, il est pratiquement impossible de faire une distinction clinique entre les deux maladies. Elles sont rares mais peuvent provoquer des flambées spectaculaires, associées à un taux de létalité élevé. Dans le passé, l’attention des autorités sanitaires n’a été attirée sur ces flambées qu’à partir du moment où des mesures inadéquates de lutte anti-infectieuse avaient amplifié la transmission dans les établissements de santé.
Il n’y a ni vaccin, ni traitement spécifique pour aucune de ces deux maladies. Malgré des années d’enquêtes approfondies avec des tests pratiqués sur des centaines d’animaux, d’insectes et de plantes, on n’a pas été en mesure d’identifier un réservoir animal ou une source environnementale pour l’un ou l’autre de ces deux virus. Les singes sont sensibles à l’infection, mais on ne considère pas qu’ils soient un réservoir viable en raison du fait que pratiquement tous les animaux infectés meurent trop vite pour entretenir durablement la survie du virus. On ne pense pas que les êtres humains appartiennent au cycle naturel de transmission ; leur infection est accidentelle.
Histoire naturelle et tableau clinique
Agent causal. Virus Marburg de la famille des Filoviridés.
On pense que les contaminations dues à des contacts fortuits sont excessivement rares. Ce faible taux en cas de contact fortuit donne à penser que la transmission par le biais d’aérosols expirés par l’appareil respiratoire n’est pas efficace, si même elle a lieu. Il n’y a pas de transmission pendant la période d’incubation.
Les patients semblent le plus contagieux pendant la phase sévère de la pathologie qui s’accompagne de manifestations hémorragiques. Le contact rapproché avec un malade gravement atteint, au cours des soins à domicile ou à l’hôpital, et certaines pratiques funéraires sont les voies courantes de contamination. Lorsque la transmission se produit par le biais de matériel d’injection contaminé ou par des piqûres accidentelles, la maladie est alors plus grave, l’état se dégrade rapidement et la mortalité pourrait être plus élevée.
Une forte fièvre apparaît généralement le premier jour, suivie d’un affaiblissement progressif et rapide. Une diarrhée aqueuse sévère, des douleurs et des crampes abdominales, des nausées et des vomissements commencent au troisième jour environ. La diarrhée peut persister une semaine. On a dit du patient à ce stade qu’il a « l’aspect d’un fantôme », avec des yeux profondément enfoncés, le visage inexpressif et une extrême léthargie. Lors de la flambée en Europe en 1967, on a observé chez la plupart des patients l’apparition d’une éruption cutanée non prurigineuse entre le deuxième et le septième jour après l’installation des symptômes.
De nombreux patients développent des manifestations hémorragiques sévères entre le cinquième et le septième jour et les cas mortels présentent en général des hémorragies sous une forme ou une autre, avec le plus souvent de multiples localisations. L’observation de sang frais dans les vomissures ou les selles s’accompagne souvent de saignements de nez, des gencives et du vagin. Les saignements spontanés aux points des ponctions veineuses peuvent être particulièrement ennuyeux. Au cours de la phase sévère de la maladie, le patient a en permanence une fièvre élevée. L’atteinte du système nerveux central peut entraîner des états confusionnels, de l’irritabilité et de l’agressivité. On a signalé de temps à autre des orchites à un stade tardif de la maladie (15e jour).
Dans les cas mortels, le décès du sujet, précédé en général d’hémorragies massives et d’un choc, intervient entre 8 et 9 jours après l’apparition des symptômes.
Historique des flambées connues
1967 : ex-République démocratique allemande (ex-RDA) et ex-Yougoslavie. La fièvre hémorragique de Marburg a été initialement détectée à l’occasion de flambées observées simultanément à Marburg (ex-RDA), Francfort (Allemagne) et Belgrade (ex-Yougoslavie). Les cas initiaux se sont produits chez des personnes travaillant dans des laboratoires sur des singes verts importés d’Ouganda. On a enregistré 25 infections primaires, dont 7 mortelles et 6 cas secondaires, sans décès. Les infections primaires se sont produites chez le personnel de laboratoire exposé au virus en travaillant sur les singes ou leurs tissus. Les cas secondaires ont concerné 2 médecins, une infirmière, un employé de pompes funèbres et la femme d’un vétérinaire. Tous ces cas ont été en contact direct, impliquant en général du sang, avec un cas primaire. Les deux médecins se sont infectés par des piqûres accidentelles en faisant des prélèvements sanguins sur leurs patients.