2. Historique de la maladie La mélioïdose fut découverte et décrite pour la première fois par le capitaine A.Whitmore, un pathologiste anglais, et son assistant Krishnaswamiv, en 1911 à l’hôpital de Rangoon en Birmanie chez un opiomane, chez lequel fut isolé le germe pour la première fois [99]. Trente-huit cas d’infection à Pseudomonas pseudomallei furent rapportés par Whitmore, caractérisés par une septicémie associée à de nombreux abcès (poumons, foie, rate). Il put isoler la bactérie dans le pus des abcès. La maladie est alors appelée maladie de Whitmore [22]. En 1921 Stanton et Fletcher reconnaissent les infections animales et humaines et lui donnent le nom de pseudomorve car il s’agit d’une maladie ayant de nombreuses similitudes cliniques et anatomo-pathologiques avec la morve due à un germe aux similitudes très proches : Burkholderia mallei [83]. Cette dernière qui fait partie également du genre Pseudomonas est une infection pulmonaire touchant les équidés et accidentellement l’homme. Celle-ci a été par ailleurs éradiquée par la vaccination systématique des chevaux au début du siècle dernier [31]. La maladie fut décrite au Vietnam en 1925, au Sri Lanka en 1927, à Singapour et en Indochine en 1932 [70]. Jusqu’en 1949, on a longtemps cru que la mélioïdose était avant tout une infection localisée en Asie. Dans les années 1950, on retrouve une centaine de cas parmi les 400.000 soldats français en Indochine ainsi que la description dans les années 1970 de 343 cas dont 36 décès parmi des soldats américains pendant la guerre du Vietnam [74]. Sur les 2,5 millions de soldats américains partis au Vietnam, on a estimé à 225.000 le nombre de cas de mélioïdose sub-clinique et on a commencé alors à s’intéresser à cette nouvelle pathologie restée méconnue. En Thaïlande, le premier cas fut rapporté en 1955 [55]. La maladie fut également été décrite chez des patients n’ayant jamais été en zone d’endémie : États-Unis, Panama, Turquie. L’Afrique n’est pas épargnée avec l’isolement de la bactérie chez un cochon par Girard en 1936 à Madagascar puis un cas de mélioïdose est trouvé au Tchad en 1960 [22]. Des bacilles furent trouvés dans la terre des marigots et isolés par Ferry en 1972 chez un porc en provenance de Haute-Volta et des régions frontalières du Niger [38]. En 1974, le bacille fut retrouvé en Iran dans les eaux et les rizières : des cas de mélioïdose équine étaient déjà connues depuis 1943 dans les forces militaires iraniennes [33]. En France, le bacille de Whitmore était isolé pour la première fois sur une jument de Préjwalski morte en novembre 1975 [7]. Les événements qui suivirent, deviendront ce qu’on appela « l’Affaire du Jardin des Plantes » [59] avec la mort de nombreux animaux (mouflon du Canada, singe Patas, cerfs Sika, un tatou....). On remarquait ensuite l’extension géographique de la bactérie avec de nombreux isolements positifs du germe dans le sol de plusieurs régions françaises. De nombreux cas équins étaient ainsi rapportés dans différentes régions avec pour apogée l’année 1976 : Yvelines, Seine-et-Marne puis Normandie, Camargue, Montpellier, la région bordelaise, la Mayenne, ainsi que les régions de Saumur, Bergerac et Lacaune. On a également retrouvé le bacille de Whitmore sur un cheval, mort peu de temps après son arrivée sur l’île de la Réunion. L’hypothèse de l’origine de la dissémination de la mélioïdose en France semblait très fortement liée à un panda offert par Mao Tse Tung au président Pompidou en décembre 1973. Ce panda provenait d’un site géographique où sévit Burkholderia pseudomallei. Ce panda placé au parc zoologique de Vincennes y décéda quatre mois plus tard, le 20 avril 1974 [59]. Son examen anatomo-pathologique révéla « des lésions de sclérose diffuse de la plupart des organes » et la culture à partir du canal médullaire d’une côte sous asepsie chirurgicale révéla le bacille vingt mois plus tard. Une autre hypothèse était la contamination en France par l’intermédiaire de chevaux d’Iran offert à Madame Pompidou par le Shah en 1971, chevaux en provenance d’une zone où la maladie est reconnue chez ces animaux depuis 1943 ; ces chevaux furent en contact avec les chevaux de Prejwalski. Mais il n’y a jamais eu de mélioïdose déclarée chez ces deux chevaux offerts. Le déplacement des animaux ainsi que le transport du fumier a permis l’extension géographique de la bactérie qui fut retrouvée dans plusieurs prélèvements dans des centres équestres français avec la contamination notamment de chevaux à Senlis et à Fontainebleau. On dénombrait également des cas manifestes de mélioïdose humaine suite à cette épizootie de mélioïdose équine. L’histoire d’un maçon du Jardin des Plantes n’ayant jamais quitté l’Europe, au terrain éthylique, et qui a présenté un tableau clinique de mélioïdose avec abcès de la cuisse et des lésions pulmonaires, est une des plus évocatrices. Il n’y a jamais eu confirmation bactériologique mais le tableau clinique et les sérologies ont permis de considérer ce cas comme une mélioïdose vraie d’un individu travaillant dans une zone contaminée [39]. A la suite de cette contamination, on dénombrait au moins 3 contaminations humaines dont 2 décès directement liés [51] et l’isolement du germe avaient été obtenus par hémocultures chez deux personnes asymptomatiques et qui furent hospitalisées et traitées [59]. On a dénombré de nombreuses séroconversions sérologiques parmi les palefreniers de différents clubs hippiques [59]. Dans la région lyonnaise, une cavalière après une chute de cheval avec fracture ouverte de l’avant-bras fut traitée pour une primo-infection qui sera confirmée plus tard par la réponse sérologique. La carte de France établie par M. Galimand en 1986 et qui montre la distribution tellurique et animale du germe, confirmait ainsi la capacité de diffusion de ce bacille et ceci même dans une région tempérée [annexe 4]. Depuis on retrouve également quelques cas de mélioïdose humaine en France depuis la guerre d’Indochine mais qui sont d’importation asiatique, essentiellement chez des immigrés comme le cas d’une femme de 65 ans d’origine cambodgienne en France depuis 1975, qui fut atteinte d’une mélioïdose pulmonaire [7] mais aucun cas de mélioïdose autochtone n’a été semble-t-il rapporté en France depuis ces dernières années.