Par le Docteur Jean COUDERT Cet article est reproduit avec l’aimable autorisation du Dr. J.C. Deslandes et de la revue www.urgence-pratique.com Il est bien établi que la pression barométrique décroit de manière exponentielle en fonction de l’altitude et induit la chute concomitante de la pression artérielle de l’oxygène dans l’air inspiré (PiO2). Ce facteur « hypoxie » est maintenant considéré comme un des facteurs clés, à l’origine de la pathologie d’altitude en général et des œdèmes en particulier. Il s’agit là d’une pathologie observée, de plus en plus fréquemment, du fait du nombre croissant de personnes qui s’exposent, au cours de voyages touristiques, et dans le cadre d’activités physiques et sportives, à des altitudes de plus en plus élevées. La gravité de certains aspects de cette pathologie « œdemateuse » doit être parfaitement connue du praticien et du personnel impliqué dans les activités se déroulant à haute altitude, car elle suppose la mise en route d’un traitement d’urgence en général rapidement salvateur. Il se caractérise par ses conditions d’apparition et sa symptomatologie. LES CONDITIONS D’APPARITION : L’altitude responsable : Cette pathologie va se manifester essentiellement pour des altitudes égales ou supérieures à 3000 m. La pathologie d’altitude est exceptionnelle, rarement observée entre 1000 et 2000 m et seulement, chez des sujets particulièrement sensibles, soumis à des activités physiques et sportives intenses et prolongées. Les sujets vulnérables : Les sujets atteints sont en général des sujets jeunes, indemnes de tares. Les sujets porteurs d’une anomalie (en particulier cardiaque et/ou pulmonaire) sortent du cadre de la pathologie d’altitude. Les symptômes réapparaissent en général, chez un même sujet, pour la même altitude. Cette susceptibilité individuelle est un des faits les plus marquants de la pathologie d’altitude. Les temps d’apparition : La phase de plus grande vulnérabilité se situe durant les quatre premiers jours suivant l’arrivée en altitude. Il est exceptionnel d’observer les troubles après le dixième jour, période à partir de laquelle le sujet bénéficie d’un bon acclimatement. Les facteurs favorisants : La rapidité de l’ascension : Ce facteur a été bien mis en évidence par les résultats de l’enquête réalisée par Hackett et al. [7]. L’activité physique et sportive : Durant les premiers jours qui suivent l’arrivée à haute altitude, elle favorise considérablement le développement des troubles liés à la pathologie d’altitude. L’exercice musculaire trop intense est à éviter au début ; il doit être progressif et sera favorisé par un bon entraînement préalable. Le froid : Associé fréquemment au vent, il constitue une agression supplémentaire qui majore considérablement les effets de l’altitude. Autres facteurs favorisants : Il est classique de citer l’anxiété constitutionnelle de certains sujets qui, de ce fait, seront plus facilement enclins à présenter une pathologie d’altitude. Le sommeil est aussi une situation durant laquelle les troubles se manifestent avec la plus grande fréquence : la dépression des centres respiratoires qui aggravent l’état d’hypoxie est en grande partie responsable de ces faits. On connaît peu de choses sur l’incidence d’autres facteurs ambiants, tels que la sécheresse de l’air, l’intensité des radiations, en particulier cosmiques et surtout la richesse en ozone de l’air ambiant. LE MAL AIGU DE LA MONTAGNE (MAM) : « Acute mountain sickness » des Anglo-Saxons ou « Soroche » des pays Andins, le MAM regroupe un ensemble de symptômes variés, dominés par des signes cérébraux, digestifs et thoraciques. Les signes cérébraux : Le cerveau est l’organe le plus sensible à l’hypoxie et c’est le premier à présenter des signes de souffrance à haute altitude : Les céphalées constituent le trouble le plus fréquemment observé [7]. L’insomnie est également le témoin d’un dysfonctionnement cérébral [7]. Elle s’associe en général à des céphalées, et parfois à une dyspnée avec respiration périodique. Les signes digestifs : Dans ce cadre, il faut isoler les troubles dus directement à l’hypobarie : la décompression induit une dilatation douloureuse des gaz piégés dans les cavités aériennes (sinus, kystes dentaires, oreille moyenne) et au niveau des viscères creux. Les signes digestifs, entrant plus spécifiquement dans le cadre du MAM sont représentés par : L’anorexie, les nausées et les vomissements. Les signes thoraciques : La dyspnée d’effort attire rapidement l’attention de celui qui veut gravir trop rapidement un escalier ou un terrain en pente, dès l’arrivée à haute altitude. La dyspnée de repos se manifeste surtout la nuit, durant le sommeil, associée à une respiration périodique, réveillant le sujet au décours des apnées trop prolongées. La tachycardie et surtout les palpitations sous forme de salves d’extrasystoles pourront dans certains cas incommoder et inquiéter les sujets non acclimatés. L’évolution du MAM : Tous ces signes, plus ou moins regroupés, vont en général évoluer favorablement, d’une manière spontanée. Dans certains cas, un traitement symptomatique peut être prescrit : acide acétylsalicylique, contre les céphalées, somnifères contre les insomnies. Ces derniers doivent être prescrits avec prudence, à doses modérées ; ils sont en effet capables d’aggraver la dépression des centres respiratoires habituellement observés à haute altitude durant le sommeil et de favoriser les respirations périodiques et les apnées du sommeil. L’oxygénothérapie modérée est souvent le meilleur traitement des céphalées nocturnes et des insomnies. Si les troubles persistent ou s’accentuent, le repos est de rigueur et il faut conseiller la descente à un niveau inférieur. L’évolution défavorable doit faire redouter l’apparition du drame respiratoire que constitue l’OAPA et du drame neurologique que constitue l’œdème cérébral. 1. - Bärtsch P., Haeberli N., Nanzer A., Lammle B., Vock P. Oelz O. and al. - High altitude pulmonary edema : blood coagulation. in Sutton J-R., Houston C.S., Coates eds. Hypoxia and molecular medicine. Burlington, Queen City Printers, 1993. p 252-258. 2. - Bärtsch P, Vock P, Maggiorini M., Franciolli M., Fretz C., Schobersberger W. and al. Respiratory symptoms, radiographic and physiologic correlations at high altitude. in C.oates G., Remmers J., Sutton J., ets. Hypoxia : the adaptations. Toronto, Decker, 1990. p 241-245. 3. - Bärtsch P., Maggiorini M., Ritter M., Noti C., Vock P., Oelz O. - Prevention of high -altitude pulmonary edema by nifedipine. N. Eng. J. 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L’œdème aigu cérébral d’altitude est plus rare et d’évolution parfois fatale, malgré tous les traitements proposés, lorsqu’on atteint le stade de coma. Les œdèmes localisés périphériques (face, mains, chevilles) sont de meilleur pronostic, mais peuvent s’associer aux autres types d’oedème. L’élément dominant commun à tous ces oedèmes est leur survenue chez des sujets particulièrement sensibles et un des problèmes majeurs actuels est le dépistage de ces sujets qui peuvent bénéficier d’un traitement préventif.
Laboratoire de Physiologie - Biologie du Sport
Faculté de Médecine, 28, Place Henri Dunant - BP 38, 63001 Clermont-Ferrand Cedex
LES SIGNES PRÉCURSEURS : LE MAL AIGU DES MONTAGNES (MAM)
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Tableau 1 - Gaz du sang et données hémodynamiques chez 5 sujets de sexe masculin
RESUME
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