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Partie 2

3.1.2.5 Fièvres typhoïde et paratyphoïdes.

Généralités :

Les fièvres typho-paratyphiques sont des infections bactériennes aiguës dues aux bacilles Salmonella typhi (bacille d’Eberth) et Salmonella paratyphi A, B, C se caractérisant cliniquement par des signes généraux de toxi-infection, et au point de vue anatomo-pathologique par des lésions siégeant électivement au niveau de l’appareil lymphatique de l’intestin grêle.

Ce sont des maladies cosmopolites de transmission interhumaine (l’homme est le principal réservoir du germe) : l’affection se transmet directement de personne à personne ou indirectement par l’intermédiaire des fécès ou des urines de personnes malades ou porteuses chroniques de S. typhi.

Le tableau clinique d’une fièvre typhoïde est peu spécifique. C’est l’association et l’aggravation des symptômes le tout dans un contexte épidémiologique évocateur qui font évoquer le diagnostic.

L’étude clinique permet cependant d’observer chez les malades trois groupes de symptômes et signes (102) :
- Les symptômes dominants : fièvre prolongée avec dissociation pouls/température, troubles digestifs tels que douleur abdominale diffuse, diarrhée, nausées et vomissements.
- Les signes inconstants : hépatomégalie (25-50%) et splénomégalie (40-60%).
- Les signes rares : altération de la conscience avec prostration (10%), tâches rosées enticulaires (<50%) situées sur le tronc de très bonne valeur diagnostique.

Le diagnostic de certitude repose sur l’hémoculture qui est positive à 80% la première semaine. La coproculture rarement positive et la sérologie de Widal et Félix ne sont pas utiles à un stade précoce.
L’évolution est marquée par la régression des symptômes au bout de 4-5 semaines. Les complications digestives , hémorragies et perforations intestinales, surviennent chez moins de 1% des malades traités. Les rechutes surviennent dans 8-12% des cas sous forme d’une reprise thermique. Dans 3% des cas, les malades deviennent porteurs chroniques de salmonelles (53).

En France, le traitement repose le plus souvent en première intention sur une fluoroquinolone (ciprofloxacine, ofloxacine) per os, pendant 7 à 10 jours. Des antibiotiques initialement efficaces sur le germe ne sont plus employés en raison de résistance croissante apparues ces dernières décennies  : chloramphénicol, cotrimoxazole, amoxicilline (142).

Epidémiologie :

Au Viêt-nam, la fièvre typhoïde est endémique pour plusieurs raisons (102) :
- insuffisance d’accès à l’eau potable dans les zones rurales : les habitants, riverains des cours d’eau, utilisent l’eau de surface polluée pour les usages domestiques.
- les habitudes alimentaires des populations rurales qui consomment des légumes crus, des coquillages mal cuits et de l’eau non bouillie.
- pollution fécale de l’environnement : les habitants autochtones ont l’habitude de déféquer dans les cours d’eau (rivière, canal).
- emploi des excréta humains comme engrais agricoles pour la culture des légumes et comme produit alimentaire pour l’élevage des poissons dans les étangs.
- la résistance aux antibiotiques usuels des souches de S. typhi est souvent ignorée des agents sanitaires ruraux et la relative rareté de recours aux céphalosporines de 3ème génération ainsi qu’aux fluoroquinolones en raison de leur coût élevé.

Tous ces facteurs réunis associés à la malnutrition et aux affections concomitantes font la gravité de la maladie. Les complications y sont plus fréquentes avec la survenue de perforations intestinales (1,7%), d’hémorragies intestinales (8,5%) et de collapsus cardio-vasculaire (4,2%). Le taux de létalité y est de 6,8%. (102)

Situation de la fièvre typhoïde au Sud Viêt-nam : statistiques épidémiologiques du Ministère de la Santé, juillet 1998

Années 1990 1993 1997
Cas 3 853 5 037 19 379
Décès 31 4 18

Une étude menée par le Centre des Maladies Tropicales à Ho Chi Minh-Ville dans 15 provinces du sud Viêt-nam entre 1990 et 1993 a mis en évidence la prédominance de Salmonella typhi (102). Sur 574 hémocultures effectuées chez des malades hospitalisés pour suspicion de fièvre typhoïde, 46% étaient positives avec la proportion suivante : 92% de souches de Salmonelle typhi et 8% de paratyphi A.

La répartition de la fièvre typhoïde connaît aussi des inégalités selon les régions. Les zones les plus touchées sont les régions du delta du Mékong, les régions rurales situées dans les plaines fluviales. Les régions montagneuses ou côtières sont relativement épargnées.

Résistance aux antibiotiques

La résistance des germes aux antibiotiques devient croissante et préoccupante notamment en terme de coût et d’efficacité. La typhoïde liée aux souches multirésistantes, endémique au sud Viêt-nam, s’étend progressivement aux régions du centre et du nord.

D’après le Centre des Maladies Tropicales à Ho Chi Minh-Ville, 80% des souches de Salmonella typhi sont résistantes aux antibiotiques suivants : chloramphénicol, ampicilline et cotrimoxazole.

Ces cinq dernières années, cette résistance s’est étendue aux quinolones, notamment à l’acide nalidixique, passant d’une proportion de 4% en 1993 à 12% en 1997. Récemment ce taux a connu une croissance alarmante atteignant jusqu’à 76% de résistance sur certaines séries de 1998 (127).

La sensibilité à la ceftriaxone, au cefixime et à l’azythromycine persiste mais la réponse clinique à ces antibiotiques est lente et le taux d’échec peut atteindre plus de 20% (62). Les fluoroquinolones restent, cependant, cliniquement supérieures aux céphalosporines de troisième génération. Elles sont actuellement largement utilisées au Viêt-nam.

S. para-typhi A est résistant pour 35% des souches au chloramphénicol et au cotrimoxazole et 8% aux fluoroquinolones (89).
3.1.2.6 Peste.

Généralités :

La peste est une maladie commune à l’homme et de nombreux rongeurs, due au bacille de Yersin et transmise par les puces. Les rats et rongeurs constituent le réservoir des bactéries, l’homme également mais seulement en période épidémique. La puce infestée contamine l’homme ou les rongeurs par sa piqûre ; plus rarement la transmission est directe par inhalation de gouttelettes de Pflügge virulentes émises par un malade atteint de peste pulmonaire.
Parmi les deux souches de bacilles de Yersin connues, la souche orientale Yersinia Pestis orientalis est celle rencontrée au Viêt-nam (53).

On distingue trois formes de peste :
- la peste sauvage sévit à l’état enzootique chez les rongeurs sauvages résistants et devient épizootique par contamination des rongeurs sensibles. L’atteinte de l’homme est exceptionnelle.
- la peste rurale est représentée par l’épizootie des rats des villages. La maladie se transmet facilement à l’homme et la peste humaine se déclenche.
- la peste urbaine survient par importation des rats et des puces infectés dans les sacs de marchandises, surtout de paddy de riz et de céréales provenant de foyers ruraux.

La peste humaine revêt trois aspects principaux : bubonique, septicémique et pulmonaire.
- la peste bubonique : c’est la forme la plus fréquemment rencontrée et la moins grave. Elle est caractérisée par l’apparition d’une adénite pesteuse, le bubon sont le siège dépend de la zone piquée, dans un contexte infectieux sévère (fièvre à 40°C, troubles psychiques et des signes digestifs). L’évolution est favorable sous traitement correctement conduit. En l’absence de traitement, les complications possibles sont la suppuration du bubon, la septicémie, la dissémination cardiaque, méningée et pulmonaire.
- la peste pulmonaire : elle est marquée par l’apparition brutale d’un tableau infectieux alarmant (fièvre, altération de l’état général) associé à des signes respiratoires : polypnée, cyanose, toux quinteuse avec expectorations sanguinolentes se traduisant radiologiquement par une pneumonie lobaire ou une broncho-pneumonie. L’évolution, jadis mortelle dans un tableau d’insuffisance respiratoire aiguë, est actuellement favorable sous antibiothérapie précoce.
- la peste septicémique : elle serait une variante de la forme bubonique dans laquelle l’adénite serait passée inaperçue. Le syndrome infectieux est sévère avec des signes de souffrance cérébrale, un syndrome hémorragique et parfois un syndrome dysentérique.

Le diagnostic repose sur l’identification bactériologique du bacille dans le liquide de cytoponction du bubon pour la forme bubonique, dans les crachats pour la forme pulmonaire et dans les hémocultures pour la forme septicémique. Le traitement repose sur l’antibiothérapie précoce à doses efficaces. Les sulfamides sont très efficaces : sulfadiazine (Adiazine* : 4-6 g/j), sulfadoxine (Fanazil* : injection unique de 2 g chez l’adulte, 05-1 g chez l’enfant), cotrimoxazole (Bactrim* : 6 cp/j).

Epidémiologie :

La peste dans le monde : (117)

La peste est en déclin dans le monde mais le nombre de pays affectés reste substantiel et son élimination ne semble pas acquise. Neuf pays ont notifié des cas de peste presque chaque année  : Madagascar, Tanzanie, Brésil, Etats-Unis, Pérou, Chine, Mongolie, Myanmar et Viêt-nam.

En 1999, quatorze pays ont notifié 2 603 cas de peste humaine dont 212 mortels. La morbidité mondiale due à la peste est comparable à la moyenne annuelle des dix dernières années précédentes 1988-1997 (2547 cas et 181 décès).

xx 1980 1984 1988 1990 1992 1994 1997 1998 1999
Morbidité 513 1 356 1 371 1 257 1 774 2 935 5 419 2 464 2 603
Mortalité 58 107 153 133 204 212 274 209 212

La prévalence de la maladie qui était importante dans les pays asiatiques dans les années 70, est devenue prépondérante en Afrique dans les années 80 et 90 : en 10 ans, 76% des cas de peste humaine et 82% des décès y ont été enregistrés.

La peste au Viêt-nam :

Signalée pour la première fois en 1898 à Nha Trang, elle a été importée de Hong Kong par voie maritime. La première date d’identification du bacille Yersinia pestis au sud Viêt-nam remonte à 1918 et a été réalisée par le docteur Alexandre Yersin, découvreur du bacille et fondateur de l’Institut Pasteur de Nha Trang (99). La maladie s’est étendue à l’ensemble du pays en suivant les voies de communication maritime et fluviale par l’intermédiaire des jonques et sampans.

Jusqu’en 1923, plusieurs bouffées épidémiques paraissant provenir de Chine se sont produites essentiellement dans les provinces du nord (Lang Son, Phu Lan Thuong, Bac Ninh, Dong Hoi).

Pendant la guerre de 1965-75, du fait de la défoliation effectuée pendant les opérations militaires qui ont entraîné un déséquilibre de l’écosystème, la peste s’est répandue dans le sud du pays où elle prédomine encore jusqu’à nos jours. L’incidence des cas annuels a été multipliée par 10 par rapport aux données d’avant-guerre et en 1976 le taux moyen de létalité se chiffrait à 3,15% (99).

Grâce aux mesures antiépidémiques systématiques employées au lendemain de la guerre, la peste diminue notablement à partir de 1978. En 5 ans, de 1976 à 1980, l’incidence et la mortalité de la peste diminuent entre 10 et 12 fois au sud Viêt-nam, entre 13 et 16 fois au centre Viêt-nam (99).

Ces dernières années, la peste dans les villes et les zones rurales a nettement régressé  ; les épidémies ont cessé, mais des cas sporadiques subsistent encore. Les zones de collines, les zones montagneuses et forestières présentent encore des foyers naturels de peste pouvant s’étendre aux rats péri-domestiques et déclencher de nouvelles bouffées épidémiques dans la population. Ces éléments expliquent pourquoi il est difficile d’éradiquer la peste et l’évolution très variable des cas de peste reportés.

En 1998 et 1999, la peste a touché essentiellement les enfants de 5 à 14 ans (122 sur 280 cas). Parmi les formes hospitalisées, la forme bubonique est la plus fréquente (95%), la forme septicémique (4%) et la forme pulmonaire (1%) sont plus rares. Le taux de létalité est de 4,7%. Les cas de peste ont connu un pic de fréquence en mars-avril (fin de l’hiver, début du printemps). (117)

Peste humaine ; nombre de cas et de décès 1988-1997, République socialiste du Viêt-nam.

xx 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Cas 196 374 405 94 437 481 339 170 279 220 85 195
Décès 6 37 20 3 17 19 27 10 19 10 7 6

Des menaces épidémiques risquent surtout d’éclater dans les provinces du sud du pays et dans les hauts plateaux de Tay Nguyen.

Les zones infestées par la peste dernièrement recensées sont les suivantes :
- en 1994 : Gia Lai (217 cas), Daklak (95 cas), Binh Dinh (23 cas), Phu Yen (2 cas), Lam Dong (1 cas), Kon Tum (1 cas). (116)
- en 2000 : Gia Lai, Kon Tum, Lam Dong, Phu Khanh. (120)

3.1.2.7 Lèpre.

Généralités : (99)

La lèpre est une maladie infectieuse de faible contagiosité et d’évolution chronique due à Mycobacterium leprae ou bacille de Hansen. Elle présente plusieurs caractéristiques :
- faible contagiosité par absence d’hôtes intermédiaires, fragilité du bacille,
- tropisme cutanéo-muqueux et nerveux,
- incubation longue (2 à 10 ans),
- bonne réponse globale au traitement médicamenteux.

La contamination se fait par voie aérienne supérieure et par voie cutanéo-muqueuse. Le mucus nasal bacillifère des sujets atteints de forme lépromateuse constitue la principale source de contagion. La plupart des malades se contaminerait dans l’enfance bien que la maladie se déclare habituellement à l’âge adulte.

La maladie est favorisée par des mauvaises conditions d’hygiène, la promiscuité, la malnutrition, le climat tropical et certains facteurs génétiques. Elle se présente sous deux formes qui s’opposent par leurs signes cliniques, bactériologiques, histologiques et immunologiques :
- la forme tuberculoïde paucibacillaire à tropisme cutané et nerveux : c’est la plus fréquente. L’évolution est favorable sous traitement.
- la forme lépromateuse multibacillaire, maladie systémique à tropisme viscéral (rein, oeil, nerfs) : c’est la forme la plus grave pouvant mettre en jeu le pronostic vital.

Epidémiologie :

La lèpre sévit principalement dans les régions intertropicales (sud-est de l’Afrique, Afrique occidentale, Asie). Les chiffres montrent une diminution de la maladie. Cependant, au début de l’année 2000, le nombre de patients atteint de lèpre dans le monde et en cours de traitement atteignait encore 641 000 sur 91 pays (122). L’Inde, l’Indonésie et le Myanmar regroupent 70% des cas mondiaux.

Lèpre, situation mondiale :1985-1997. (118)

Années Prévalence Nouveaux cas
1985 3 997 992 550 222
1987 3 997 597 595 145
1989 3 502 260 550 743
1990 2 921 181 57 592
1992 1 828 270 667 133
1994 1 175 211 553 768
1996 838 718 547 572
1997 768 110 673 893

Après 30 ans de lutte contre la lèpre, la situation épidémiologique de cette maladie s’est nettement améliorée au Viêt-nam. La lèpre est proche du seuil d’élimination avec une prévalence de 0,3 cas pour 10 000 habitants (72). La proportion des malades de moins de 15 ans, notamment dans le delta du Mékong, a baissé de 9% en 1960 à 2,9% en 1994.

Au 1er janvier 2000, le nombre de cas enregistrés était de 2087. En 1999, 17 959 cas ont été dépistés (118).


La maladie présente, d’après les statistiques établies, quelques particularités (99) :
- la prévalence de la maladie est plus élevée dans le sud que le nord du pays ;
- elle est également plus élevée dans les régions montagneuses aussi bien dans le nord que le sud du pays (ceci serait expliqué par un faible niveau d’hygiène dans ces régions en raison de l’insuffisance des ressources économiques et des structures de soins).

La prévalence maximale de la maladie notée en 1992 se situait dans les provinces de Lam Dong et Thuan Hai au nord-est de Ho Chi Minh-Ville et à Kien Giang et Minh Hai sur l’extrême pointe sud du pays.
- 7,2% des cas dépistés présentent les premiers symptômes avant l’âge de 15 ans ;
- le sex-ratio de la maladie est d’une femme pour trois hommes (72).

3.1.2.8 Maladies sexuellement transmissibles.

Généralités :

Les maladies sexuellement transmissibles sont des maladies infectieuses provoquées par des bactéries (gonocoques, Chlamydia, tréponèmes...), des virus (hépatite B, herpès, cytomégalovirus...), des champignons (Candida albicans...) ou des parasites (Trichomonas vaginalis...).

Epidémiologie :

L’estimation des MST au Viêt-nam est basée sur le fait que seulement 10% des patients malades consultent dans les cliniques gouvernementales, le restant se traitant dans le secteur privé (78). Les médecins et pharmaciens n’ont pas d’obligation de déclaration et les automédications sont fréquentes. Les MST y sont considérées comme des maladies honteuses et échappent ainsi en grande partie aux structures d’état qui ne fournissent d’ailleurs que peu de données. Autre facteur dissuasif : dans les cliniques publiques, lors d’une consultation pour une MST, le dépistage par un test VIH est obligatoire avec comme conséquence le fait que les patients ne viennent plus.

L’Institut National de Dermato-Vénérologie estime à 700 000-1 200 000 le nombre de MST en 1995 et à 400 000-1 000 000 en 1997. Les taux officiels des MST sont : 2,5-5/1000 en 1993, 3-6/1000 en 1995, 1,1-2/1000 en 1997 (78, 104).

A Ho Chi Minh-Ville et ses provinces limitrophes, les statistiques concernant les MST proviennent principalement de l’hôpital Dermato-Vénérologique, le centre de référence pour les maladies vénériennes et les maladies de la peau. A l’intérieur de chaque ville, il y a un petit hôpital au niveau des districts ou des centres de santé primaires qui adressent les patients et rapportent le nombre de cas à l’hôpital Dermato-Vénérologique.

L’Institut de Dermato-Vénérologie de Ho Chi Minh-Ville note depuis 1985 une stabilisation des MST qui comptent pour 10% des consultations en moyenne (les seules MST constituent 13 700 consultations en 1993 et 13 361 en 1996). Les deux MST les plus fréquemment constatées sont la syphilis et les blennorragie selon les pourcentages respectifs suivants : 25% et 17% des MST en 1993 (55), 10% et 7% en 1996 (78). Les autres étiologies sont représentées par les urétrites, les cervicites et les lésions génitales ulcéreuses.

Un taux de prévalence élevé de la syphilis (30-40%) a également été retrouvé dans une étude portant sur 968 prostituées. Par ordre décroissant, viennent ensuite les infections vaginales à Trichomonas (19%), à Candida (15,9%) et à Chlamydia (5,8%), les gonococcies (3,3%), les condylomes vénériens (2,5%) et les lésions génitales ulcéreuses (0,6%). 9% des femmes étaient porteuses de l’antigène HBs (107).

Une autre étude concernant les femmes de 15-39 ans effectuée par le Département de la Santé Maternelle et Infantile du Ministère de la Santé à Hanoi et à Ho Chi Minh-Ville montre la prédominance des chlamydioses (2,5%) suivie de syphilis (1,5%) et enfin de gonococcie (0,7%) (104).

L’association MST et infection VIH a été évaluée à 0,5% dans une clinique du sud Viêt-nam en 1998. Parmi les 804 hommes étudiés :19,3% présentaient une urétrite, 10,2% une gonococcie, 2% une syphilis. Tous les hommes, mariés ou non, ont eu une relation sexuelle avec une prostituée dans le passé (pour 58% d’entre eux, c’était la première relation sexuelle). Seulement 7% des hommes ont utilisé un préservatif contre 70% qui n’en n’ont jamais utilisé (154).

Résistance aux antibiotiques (123,124)

La sensibilité des gonocoques est surveillée par un réseau OMS Région Pacifique occidental qui regroupe les informations en provenance de 15 pays. En 1995, 5100 isolements de gonocoques ont été recueillis chez des patients présentant une MST au stade clinique et testés à des groupes désignés d’antibiotiques.

Les résultats concernant le Viêt-nam montrent des taux particulièrement élevés de résistance aux pénicillines (98%) et à la tétracycline. Depuis 1992, la résistance aux quinolones ne cesse de croître pour atteindre 5,5% en 1995.

La résistance à la spectinomycine a rarement été observée. Il n’existe aucun cas documenté d’échec de traitement aux céphalosporines de la troisième génération bien que les niveaux de sensibilité aux céphalosporines aient diminué au cours des périodes étudiées. La ceftriaxone est la céphalosporine de troisième génération observée dans le cadre du programme.

3.1.2.9 Leptospiroses.

Généralités :

La leptospirose est répandue dans le monde, notamment en milieu rural, et dont l’épidémiologie est déterminée par des facteurs écologiques tels que le climat et la nature de l’animal hôte.

Il s’agit d’une anthropo-zoonose due à une bactérie spiralée du genre Leptospira dont le réservoir est uniquement animal (rongeurs, chiens, chevaux, porcs, bétail). La transmission à l’homme est accidentelle soit par contamination directe (par morsure de rat ou de chien : rare) ou le plus souvent indirecte par contact cutanéo-muqueux avec les eaux et les boues souillées par les urines des animaux sauvages ou domestiques infectés.

La maladie chez l’homme offre un grand polymorphisme pouvant aller de simple tableau grippal à des formes fulminantes mortelles par défaillance viscérales multiples (hépatique, rénale). C’est le sérogroupe bataviae qui est habituellement présent au Viêt-nam. La forme typique après un début pseudo-grippal (céphalée, fièvre, myalgies, arthralgies) associe un ictère intense, un syndrome méningé, une atteinte rénale et une note hémorragique. La guérison est sans séquelle sous antibiothérapie précoce (53).

Les formes mortelles sont le fait des leptospiroses dues au sérogroupe icterohemorragiae qui entraînent, dans 5 à 15% des cas, outre le tableau habituel, des manifestations encéphalitiques, une atteinte myocardique ou pulmonaire et un syndrome hémorragique franc (45).

Le diagnostic est difficile aussi bien clinique (tableau clinique aspécifique au début) que biologique (recherche directe du leptospire délicate, sérodiagnostic positif tardivement permettant plus une confirmation rétrospective de la maladie qu’un diagnostic précoce). La prévention repose sur la protection physique des personnes exposées aux milieux humides et la vaccination

Epidémiologie :

L’Asie du sud-est où la leptospirose est endémique est considérée comme le foyer de la maladie : deux tiers des 78 sérogroupes considérés comme espèces pathogènes y ont été isolés. La leptospirose a également été identifiée en Malaisie et en Thaïlande où elle a touché des voyageurs.

Au Viêt-nam, la leptospirose a été décrite pour la première fois en 1930 mais les données récentes sont limitées. Une étude de 1994 suggère que la leptospirose était impliquée dans 10-30% des hospitalisations pour fièvre d’origine indéterminée (14).

Une autre étude effectuée dans le delta du Mékong, à Tien Giang, province où prédominent les activités rurales (riziculture, élevage de bétails et de porcs), montre que la séroprévalence de la maladie est de 18,8% avec un taux de 2,9% d’infections récentes. Cette séroprévalence était identique quels que soient l’âge (sauf chez les 15-25 ans où le taux d’anticorps est moins fréquent), le sexe et l’activité professionnelle. De plus, l’absence de contact avec un animal particulier, suggère qu’il s’agit d’une pathologie environnementale sévissant à l’état endémique (14).

En 1997, 59 cas de leptospiroses ont été recensés au Viêt-nam selon le Ministère de la Santé, ce qui est à l’évidence massivement sous-évalué. (90)

3.1.3 MALADIES VIRALES.

3.1.3.1 VIH / SIDA.

Généralités :

Le Viêt-nam est maintenant touché de plein fouet par l’épidémie VIH/SIDA. Comme ce fut le cas en Thaïlande, elle a touché initialement les toxicomanes intraveineux et les travailleurs du sexe. Elle s’étend actuellement à l’ensemble de la population ainsi que l’attestent les cas de transmission périnatale et les taux d’infection parmi les donneurs de sang ainsi que parmi les recrues militaires. (78)

Une étude-pilote effectuée en 1996 par le Comité National du Sida sur un échantillon de 50 personnes séropositives pour le VIH (contaminées par toxicomanie intraveineuse et par voies sexuelle) confirme que le VIH-1 de sous-type E est prédominant au sud Viêt-nam que ce soit parmi les toxicomanes intraveineux ou les prostituées. (82)

Pour de multiples raisons (économiques, culturelles et géographiques), Ho Chi Minh-Ville est devenu l’épicentre de l’infection VIH au Viêt-nam  : bien que Hanoi soit la capitale, Ho Chi Minh-Ville reste le principal pôle d’activité économique et touristique du pays.

De par son passé d’ancienne capitale sous les régimes pro-américain et colonial français, elle a évolué plus rapidement que le nord du pays et a largement adopté les influences occidentales que ce soit du point de vue technique, économique ou culturel (mœurs, coutumes). La drogue et la prostitution y sont plus développées. Par sa situation géographique (proximité du Cambodge et des côtes thaïlandaises où l’épidémie de SIDA est plus avancée), l’extension de la maladie a été favorisée.

Mais contrairement à la Thaïlande où le système de surveillance a bien été mis en place et l’épidémie à peu près correctement suivie, au Viêt-nam l’extension du VIH plus récente n’est pas encore correctement analysée.

Epidémiologie :

Le premier cas de séropositivité aurait été découvert au Viêt-nam, à Ho Chi Minh-Ville chez une femme en 1990 (24). Mais ce n’est qu’à partir de 1992 que le nombre de séropositifs va croître considérablement. Depuis lors, une épidémie croissante est reconnue (15) :

- De 1990 à 1996, l’incidence cumulée de l’infection VIH pour tout le pays, serait de 7 cas pour 100 000 personnes et un peu en dessous de 2 cas annuels pour 100 000 habitants.
- 16 193 cas d’infection VIH, 2907 cas de SIDA et 1512 décès ont été reportés à la fin de l’année 1999, sur 61 provinces et villes.
- Ho Chi Minh-Ville totalisait 5187 cas de séropositivité soit approximativement le tiers du chiffre national.
- Pendant les 10 premiers mois de 1999, 4000 nouveaux cas d’infections VIH ont été diagnostiqués.

Quelques caractéristiques de l’épidémiologie de l’infection VIH (104) :

- Les provinces du sud (notamment An Giang, Dong Nai et Can Tho) sont les plus affectées par l’épidémie. Ces trois provinces sont situées au sud du Viêt-nam près de la frontière cambodgienne où ont lieu les déplacements de prostituées. Celles-ci traversent la frontière pour aller travailler au Cambodge (où le taux d’infection parmi les prostituées peut être supérieur à 30%) et ramener la maladie avec elles.
- L’infection touche essentiellement les hommes (85,5%) et les jeunes adultes (69% de 20-40 ans). Tandis que la moyenne d’âge des hommes infectés reste stable (38%), celle des femmes a diminué de 34 ans en 1996 à 19 ans en 1999. Le pourcentage de femmes infectées par le VIH a été multiplié par 2 entre 1997 et 1999 passant de 10% à 20%.
- 65,7% sont des toxicomanes intraveineux, 4% sont des prostituées et 2,7% parmi les patients consultant pour MST.

Ces chiffres sont largement sous-estimés et ne reflètent pas l’importance de l’épidémie VIH au Viêt-nam.
Le premier cas de SIDA s’est déclaré chez un toxicomane intraveineux en 1993 qui présentait un zona et une tuberculose. Fin octobre 1999, Ho Chi Minh-Ville notifiait 1756 cas de SIDA et 764 décès liés au SIDA pour la plupart parmi les toxicomanes intraveineux et les prostitué(e)s (24).

Les cas notifiés varient largement selon les provinces ou villes. Mais comme pour l’incidence des taux de séropositivité VIH, les régions du sud, et spécialement Ho Chi Minh-Ville, totalisent la majorité des cas (60%) ; le restant est représenté par les régions centrales.

Les cas rapportés (séropositifs et sidéens) au 29 octobre 1999 : (78)
(Les chiffres de Ho Chi Minh-Ville proviennent du Comité du Sida et du Centre de Médecine Préventive ; les chiffres nationaux viennent du Groupe d’Action contre le VIH/Sida).

 
 
xx 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1998 1999
Ho Chi Minh Ville

HIV

1 0 3 814 772 574 610 xx 5 187
SIDA 0 0 0 74 74 107 131 xx 1 756
Viêt-Nam